Satanée page immaculée

Parenthèse, digression:
S’il y a quelque chose qui m’est bien vierge dans ce monde, c’est bien cette satanée page blanche, celle qui m’a toujours tétanisé lors des examens, des concours, des épreuves. Par leurs réussites, les portes s’ouvrent… Mon avenir est derrière moi, et combien même s’il eût été devant, je reste encore et toujours bloqué face à la pâleur de ma copie, que je rendrai sans mot, quand le gong tintera le glas du temps imparti. Sans nom, pas même le souffle de mon prénom inscrit, rien ne distinguera l’appartenance de mon savoir, le contenant de mon inerte cognition. Mon inhibition marque l’angoisse perlante sur mon front. Le cœur de ma plume n’a plus d’encre. « La belle écriture, c’est la science des ânes » disait mon Père ! Tout pour contredire, j’ose m’approprier cette discipline, Je m’y appliquais avec délectation. Voilà une belle distinction, la science des ânes! J’accentuais mon handicape. Tout ceci fait ressortir mon côté rebelle, je me marginalise. Je me rends pied-bot. Quel fourbe pied de nez je fais là à ceux qui jugent, à ceux qui comptent jauger la contenance de mon piètre savoir. Ma sainte page restera blanche, semant le doute sur la qualité de mes poussières érudites. Je garde tout pour moi et ne donnerai pas, d’ailleurs, combien même si je le voulais, ma tétanie s’y opposerait. Je reprends malgré tout courage et force, et incite ma plume à imprimer mes sens.
Giovanni Wante-Glioni






